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DROIT & PROCÉDURES

Quels documents faut-il pour engager une expulsion de squatteur ?

Par Jérémy, co-fondateur Libère Ton Squat|8 min de lecture|Mis à jour 2025

Réponse en bref

Pour engager une expulsion de squatteur en France, trois éléments sont indispensables : la preuve que vous êtes propriétaire du bien, la preuve que l’occupation est illégale, et un dépôt de plainte officiel. La qualité et la complétude de votre dossier détermine directement la rapidité de la procédure — un dossier solide peut faire la différence entre une évacuation en 2 semaines et une procédure de 18 mois.

Quels sont les papiers indispensables pour faire partir un squatteur ?

Il faut un dossier propre, des preuves nettes et une stratégie sans faux pas. L’évacuation reste une décision d’autorité encadrée et contrôlée. Plus vos pièces sont nettes, plus l’administration agit vite et moins la contestation a de prise.

Le dossier s’organise en deux catégories : les documents qui prouvent votre droit de propriété, et les documents qui prouvent l’occupation illégale. Les deux sont nécessaires — l’un sans l’autre ne suffit pas.

LES 3 ÉLÉMENTS INDISPENSABLES

1Preuve de propriété — titre de propriété, acte notarié ou attestation

2Preuve d’occupation illégale — procès-verbal du commissaire de justice

3Dépôt de plainte officiel — pour violation de domicile, avec récépissé

Les documents qui prouvent votre droit de propriété

1. Le titre de propriété — document fondamental

C’est la pièce centrale de tout dossier anti-squat. Il s’agit de l’acte notarié établissant que vous êtes bien le propriétaire légal du bien. Sans ce document, aucune procédure ne peut être engagée.

Si vous n’avez pas accès à votre titre de propriété :

  • Contactez votre notaire — il dispose d’une copie de l’acte
  • Demandez un extrait au Service de la publicité foncière (SPF) de votre département
  • En cas d’urgence, l’administration fiscale peut intervenir dans les 72 heures

En cas de succession : l’attestation notariale de propriété ou l’acte de dévolution successorale remplace le titre classique. Si la succession n’est pas encore réglée, un avocat peut demander une mesure conservatoire d’urgence.

2. Les justificatifs complémentaires de propriété

Ces documents renforcent votre dossier en établissant une présence régulière et légale dans le logement :

  • Taxe foncière la plus récente à votre nom
  • Factures d’énergie (électricité, gaz, eau) à votre adresse
  • Factures de travaux réalisés dans le bien
  • Contrat d’assurance habitation ou assurance PNO
  • Avis d’imposition mentionnant l’adresse du bien

Les documents qui prouvent l’occupation illégale

3. Le constat du commissaire de justice — pièce clé

C’est la pièce la plus importante pour déclencher la procédure. Le commissaire de justice dresse un procès-verbal officiel mentionnant : la date et l’heure d’intervention, la description de l’occupation, l’identité des occupants si possible, et l’état apparent des lieux. Ce document a une valeur probante forte devant le préfet et le tribunal.

Coût : 200 à 400 € TTC selon la complexité.

Conseil pratique : appelez le commissaire de justice le plus rapidement possible après la découverte du squat. Ne tentez pas d’entrer dans le logement avant son intervention — vous risqueriez de compromettre la qualification juridique de l’occupation.

4. Le récépissé du dépôt de plainte

Dès la constatation, déposez une plainte pour violation de domicile (article 226-4 du Code pénal) auprès de la police ou de la gendarmerie. Le récépissé remis lors du dépôt est un document obligatoire du dossier préfectoral.

La plainte peut être déposée en personne au commissariat (recommandé), en ligne sur service-public.fr, ou par courrier recommandé au procureur. Mentionnez explicitement « violation de domicile » — ce qualificatif précis est nécessaire pour activer la procédure administrative accélérée.

5. Les preuves matérielles de l’intrusion

Ces éléments documentent concrètement l’occupation illégale et permettent de dater l’intrusion — information cruciale pour savoir si la procédure des 48 heures est encore activable.

  • Photos horodatées de l’effraction (serrure forcée, porte endommagée)
  • Vidéos de l’occupation (caméra de surveillance, téléphone)
  • Témoignages écrits de voisins précisant la date d’arrivée
  • Courriers retournés ou boîte aux lettres forcée
  • Contrats EDF ou eau souscrits par les squatteurs à votre adresse

Les documents supplémentaires selon la procédure

Pour la procédure administrative (voie préfectorale — moins de 48h)

DocumentObligatoireConseillé
Titre de propriété
Récépissé de plainte pénale
Procès-verbal du commissaire de justice
Taxe foncière récente
Photos de l’effraction
Témoignages de voisins
Factures récentes à votre nom

Pour la procédure judiciaire (voie tribunal — au-delà de 48h)

Si le délai de 48 heures est dépassé, des pièces supplémentaires que votre avocat constituera sont nécessaires :

  • L’assignation en justice rédigée par l’avocat
  • La fiche de situation complète du bien (adresse, superficie, historique)
  • Tout document démontrant l’absence de titre légal des occupants
  • En cas de faux bail : comparaison avec vos contrats réels + plainte pour faux et usage de faux

En cas de dégradations : le dossier d’indemnisation

Constituez en parallèle un dossier spécifique pour obtenir réparation :

  • État des lieux antérieur au squat si disponible
  • Constat détaillé du commissaire de justice après libération
  • Devis et factures des travaux de remise en état
  • Rapport d’expert si les dégâts sont importants (utile pour la CIVI)

Comment constituer son dossier rapidement — le protocole des premières heures

PROTOCOLE DES PREMIÈRES HEURES

1 heure

Appelez le 17 — photos et vidéos horodatées de l’extérieur — alertez vos voisins

2 heures

Contactez un commissaire de justice — rassemblez titre de propriété et justificatifs

6 heures

Déposez plainte au commissariat pour violation de domicile — récupérez le récépissé

24 heures

Déposez le dossier complet à la préfecture si moins de 48h depuis l’intrusion — contactez un avocat si nécessaire

Les erreurs de constitution de dossier les plus fréquentes

5 erreurs qui retardent ou compromettent la procédure

1. Oublier de dater les preuves — un témoignage sans date ou des photos sans horodatage affaiblissent considérablement votre dossier
2. Déposer une main courante au lieu d’une plainte — la main courante ne déclenche aucune procédure, exigez explicitement un dépôt de plainte
3. Attendre avant de faire le constat — le commissaire de justice doit intervenir avant que les squatteurs ne modifient l’état des lieux
4. Ne pas contacter son notaire en cas de succession — une attestation de propriété peut être délivrée en 24 à 48 heures
5. Confondre preuve d’effraction et preuve d’occupation — les deux éléments doivent être documentés séparément

La checklist complète du dossier anti-squat

LA CHECKLIST COMPLÈTE DU DOSSIER ANTI-SQUAT

Documents de propriété

✅ Titre de propriété ou attestation notariale
✅ Taxe foncière la plus récente
✅ Factures à votre nom (énergie, travaux, assurance)
✅ Pièce d’identité

Preuves d’occupation illégale

✅ Procès-verbal du commissaire de justice
✅ Récépissé du dépôt de plainte pour violation de domicile
✅ Photos et vidéos horodatées de l’effraction et de l’occupation
✅ Témoignages écrits et datés de voisins

Documents complémentaires (selon situation)

✅ État des lieux antérieur si disponible
✅ Historique des courriers ou tentatives d’accès refusées
✅ Devis de travaux si dégradations visibles

Pour la procédure judiciaire (si 48h dépassées)

✅ Assignation rédigée par avocat
✅ Fiche de situation complète du bien
✅ Preuve d’absence de titre légal des occupants
✅ Plainte pour faux et usage de faux si faux bail produit

Article rédigé par Jérémy, co-fondateur de Libère Ton Squat. Plus de 500 dossiers traités depuis 2022.

Sources : Faire.fr (2025) ; Cautioneo.com ; Cotoit.fr (2025) ; Derhy-avocat.com ; Trouvervotreavocat.com ; Loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 (Kasbarian-Bergé).

VOTRE SITUATION

Votre bien est squatté ?

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CHIFFRES CLÉS

48h

fenêtre critique

72h

SPF ou notaire en urgence

400

coût max constat commissaire

2 sem.

délai avec dossier solide

FAQ — Documents pour expulser un squatteur

Peut-on engager la procédure sans constat de commissaire de justice ?

Techniquement oui pour le dépôt de plainte, mais non pour la saisine de la préfecture. Sans procès-verbal officiel, la préfecture n’a pas de base légale solide pour ordonner l’évacuation. Le constat est quasi obligatoire en pratique.

Que faire si je n’ai pas mon titre de propriété sous la main ?

Contactez immédiatement votre notaire — il dispose d’une copie de l’acte. En parallèle, une taxe foncière récente à votre nom peut provisoirement attester votre qualité de propriétaire pour le dépôt de plainte. Votre notaire peut délivrer une attestation en urgence dans les 24 à 48 heures.

Les témoignages de voisins suffisent-ils pour prouver l’occupation ?

Ils constituent une preuve utile mais insuffisante seule. Le procès-verbal du commissaire de justice est la preuve officielle. Les témoignages de voisins viennent renforcer le dossier, notamment pour dater précisément l’intrusion.

Faut-il un avocat pour constituer le dossier préfectoral ?

Non — la procédure administrative est accessible sans avocat. Mais si la situation se complique (faux documents, refus du préfet, présence de mineurs), un avocat spécialisé devient indispensable pour la suite de la procédure.

Les squatteurs peuvent-ils contester la validité du dossier ?

Oui. C’est l’une des raisons pour lesquelles la qualité du dossier est si importante. Un dossier complet avec procès-verbal officiel, plainte déposée et titre de propriété clair laisse peu de prise à la contestation. Un dossier lacunaire peut être utilisé pour retarder la procédure.

Peut-on utiliser des images de caméra de surveillance comme preuve ?

Oui, à condition que la caméra soit légalement installée (orientée vers votre propriété privée, pas la voie publique) et que les images soient horodatées. Elles constituent une preuve recevable pour dater l’intrusion et prouver l’occupation.

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