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DROIT & PROCÉDURES

Squatteur ou locataire défaillant : comment réagir selon le cas ?

Par Jérémy, co-fondateur Libère Ton Squat|9 min de lecture|Mis à jour 2026

Réponse en bref

La première erreur d’un propriétaire face à un logement occupé sans autorisation est souvent de confondre deux situations juridiquement opposées. Un squatteur n’a jamais eu aucun droit sur le bien — la procédure peut être réglée en quelques semaines. Un locataire défaillant, même s’il ne paie plus depuis des mois, conserve un statut légal d’occupant qui impose une procédure judiciaire longue de 6 à 18 mois. Bien diagnostiquer la situation dès la première heure, c’est déjà choisir la bonne procédure.

Pourquoi le diagnostic initial est l’étape la plus importante

Engager la mauvaise procédure a des conséquences concrètes et coûteuses :

  • Une demande préfectorale contre un ex-locataire en impayé sera automatiquement refusée — perdant plusieurs semaines précieuses
  • Une procédure judiciaire engagée contre un squatteur sera bien plus longue que nécessaire si la voie administrative était encore accessible
  • Une mauvaise qualification peut exposer le propriétaire à des recours de l’occupant

La cour d’appel de Paris a confirmé que la présentation d’un bail, même douteux, faisait basculer l’affaire dans le cadre locatif classique. C’est l’une des raisons pour lesquelles certains squatteurs produisent de faux baux — pour forcer le basculement vers une procédure plus longue.

Qu’est-ce qu’un squatteur ? La définition juridique exacte

Le terme "squatteur" désigne une personne qui occupe un logement sans avoir aucun droit ni titre sur celui-ci. Les formes d’occupation illégale relevant du squat :

  • Intrusion par effraction ou crochetage de serrure
  • Entrée par tromperie (fausse identité, faux documents)
  • Occupation profitant d’une absence prolongée du propriétaire
  • Maintien sans aucun titre après l’expiration d’un droit d’hébergement gratuit
  • Fausse location avec faux bail — l’occupant n’a jamais signé de contrat réel

Ce qui n’est pas un squat : un ex-locataire dont le bail est résilié mais qui refuse de partir ne relève pas de la voie administrative accélérée — il relève d’une procédure judiciaire spécifique.

Qu’est-ce qu’un locataire défaillant ?

Un locataire défaillant a signé un contrat de bail légal avec le propriétaire et manque à ses obligations. Contrairement au squatteur, il conserve un statut juridique protégé par la loi — ce qui change radicalement les procédures applicables. Les situations relevant du locataire défaillant :

  • Locataire qui ne paie plus son loyer (impayés de 1 mois ou plus)
  • Locataire qui refuse de quitter les lieux après réception d’un congé légal
  • Locataire dont le bail a été résilié de plein droit mais qui se maintient
  • Locataire ayant signé un bail et qui sous-loue sans autorisation

Le tableau de diagnostic : comment savoir dans quel cas vous êtes ?

QuestionSquatteurLocataire défaillant
A-t-il signé un bail avec vous ?NonOui
Avez-vous reçu un loyer ?NonOui, au moins au début
Comment est-il entré dans le logement ?Sans votre autorisationAvec votre accord
Produit-il un contrat à son nom ?Pas de vrai contratBail existant
A-t-il changé les serrures ?SouventRarement

LES 2 SIGNAUX LES PLUS FIABLES

Vous n’avez jamais signé de bail avec cet occupant → c’est un squatteur

Vous avez encaissé des loyers de cet occupant → c’est un locataire défaillant

Comment reconnaître un squat sur le terrain ?

Signaux extérieurs

  • Boîte aux lettres forcée ou nouveau nom ajouté à la main
  • Serrures changées sans votre autorisation
  • Bruits inhabituels, va-et-vient suspects à des heures anormales
  • Volets fermés en permanence malgré les saisons
  • Présence de mobilier nouveau ou de sacs devant le logement

Signaux indirects

  • Témoignages du voisinage signalant des occupants inconnus
  • Courriers retournés ou boîte aux lettres pleine
  • Abonnement EDF ou eau souscrit à votre adresse sans votre accord
  • Signalement de l’agence de gestion ou du syndic

Ce que vous ne devez pas faire pour vérifier : ne tentez pas d’entrer par la force. Appelez le 17 — les forces de l’ordre peuvent accompagner votre premier accès.

Procédure face à un squatteur : réagir dans les 48 premières heures

La fenêtre des 48 heures depuis l’intrusion est déterminante. Une fois la plainte déposée et le squat constaté, le préfet dispose de 48 heures pour notifier une mise en demeure. Le squatteur bénéficie ensuite de 24 heures pour obtémpérer.

1

Faire constater l’occupation officiellement

Contactez un commissaire de justice dans les premières heures. Déposez simultanément plainte pour violation de domicile — réclamez le récépissé, pas une simple main courante.

2

Saisir la préfecture

Constituez le dossier préfectoral : titre de propriété, récépissé de plainte, procès-verbal du commissaire de justice. Transmettez-le à la préfecture du département.

3

L’intervention des forces de l’ordre

Si le préfet valide la demande, les squatteurs reçoivent une mise en demeure sous 24 heures. L’intervention policière se déroule généralement aux premières heures du matin.

Trêve hivernale et squatteurs — ce qui a changé

Depuis le 1er janvier 2025, la trêve hivernale ne protège plus les squatteurs, quelle que soit la période de l’année. En décembre 2025, une propriétaire marseillaise a pu récupérer sa résidence secondaire occupée illégalement depuis 2 semaines — auparavant, elle aurait dû attendre le printemps.

Procédure face à un locataire défaillant : la voie judiciaire obligatoire

Il n’existe aucune voie administrative accélérée pour expulser un locataire défaillant. La procédure judiciaire est obligatoire et strictement encadrée.

1

Vérifier la nature exacte du défaut

Identifiez précisément le problème : impayés de loyer ? Refus de quitter après fin de bail ? Sous-location non autorisée ? La réponse détermine la stratégie juridique.

2

Envoyer le commandement de payer

Le commissaire de justice remet au locataire un commandement de payer précisant le montant des loyers dus. Le locataire dispose de 2 mois pour régulariser. Sans cette étape, la procédure judiciaire ne peut pas avancer.

3

Saisir le tribunal judiciaire

Votre avocat saisit le juge des contentieux de la protection. Le juge peut résilier le bail, ordonner l’expulsion et fixer la dette locative due.

4

Le commandement de quitter les lieux

Après jugement, le commissaire de justice signifie au locataire un délai pour quitter. Si refus, le commissaire de justice demande le concours de la force publique au préfet.

Trêve hivernale et locataires — attention

La trêve hivernale (1er novembre – 31 mars) s’applique toujours aux locataires titulaires d’un bail. Elle suspend l’exécution physique de l’expulsion — pas la procédure elle-même. Vous pouvez continuer à faire avancer le dossier en hiver, mais l’expulsion physique ne peut pas être exécutée pendant cette période.

Les cas ambigus qui compliquent le diagnostic

Le locataire Airbnb qui ne part pas

Situation : Location courte durée arrivée à terme, refus de quitter

Procédure : Administrative possible depuis la réforme 2025 (assimilée à un squat)

L’ex-locataire qui se maintient après résiliation

Situation : Bail résilié, occupant refusant de quitter

Procédure : Judiciaire (référé) — pas de voie préfectorale

La personne hébergée à titre gratuit qui refuse de partir

Situation : Hébergement gratuit, personne refusant de quitter

Procédure : Judiciaire obligatoire — aucune voie administrative

L’occupant avec un faux bail

Situation : Squatteur présentant un contrat falsifié

Procédure : Judiciaire + plainte pour faux et usage de faux — cas le plus complexe

Les erreurs les plus coûteuses à éviter

Pour un squatteur

  • Attendre que les 48 heures s’écoulent avant d’agir — perte de la voie administrative
  • Engager la procédure judiciaire d’emblée sans tenter la voie préfectorale
  • Tenter d’entrer par la force ou de couper les fluides

Pour un locataire défaillant

  • Attendre 3 ou 4 mois avant d’envoyer le commandement de payer
  • Ne pas saisir le tribunal dès que le délai du commandement est expiré
  • Croire que la trêve hivernale empêche d’avancer les démarches (elle suspend uniquement l’exécution physique)

Dans les deux cas

  • Ne jamais tenter d’expulser soi-même
  • Ne jamais couper l’électricité ou l’eau
  • Ne jamais négocier directement sans cadre juridique

Le comparatif complet des deux procédures

CritèreSquatteurLocataire défaillant
Titre d’occupationAucunBail signé
Voie administrative possibleOui (si < 48h depuis intrusion)Non
Voie judiciaireOui (si > 48h)Obligatoire
Trêve hivernaleNon applicable depuis 2025Applicable (1er nov. – 31 mars)
Délai moyen (voie rapide)1 à 3 semainesImpossible
Délai moyen (voie judiciaire)4 à 24 mois8 à 18 mois
Avocat obligatoireNon (voie admin.) / Oui (judiciaire)Oui
Sanctions pénales pour l’occupantOui (3 ans / 45 000 €)Non
Indemnisation État refus force publiqueOui (décret nov. 2025)Non applicable

En résumé : quelle procédure selon votre situation ?

SituationQualificationProcédureDélai estimé
Personne inconnue entrée par effraction, découverte < 48hSquatteurAdministrative préfectorale1 à 3 semaines
Personne inconnue entrée il y a plus de 48hSquatteurJudiciaire (référé)4 à 18 mois
Locataire avec bail, impayés depuis 1 à 3 moisLocataire défaillantCommandement de payer immédiat8 à 18 mois
Locataire dont le bail est expiré et qui refuse de partirEx-locataireJudiciaire (référé)4 à 12 mois
Airbnb qui ne part pasSituation hybride (loi 2025)Administrative possible1 à 3 semaines
Occupant avec faux bailSquat + fauxJudiciaire + plainte faux12 à 24 mois
Hébergé à titre gratuit qui refuse de partirNi l’un ni l’autreJudiciaire obligatoire4 à 12 mois

Article rédigé par Jérémy, co-fondateur de Libère Ton Squat. Plus de 500 dossiers traités depuis 2022.

Sources : Cotoit.fr (2025) ; Trouvervotreavocat.com ; ICS-immo.fr (2026) ; Optimhome.com (2026) ; Nousgerons.com ; Loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 (Kasbarian-Bergé).

VOTRE SITUATION

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CHIFFRES CLÉS

48h

fenêtre critique squatteur

3 sem.

délai proc. admin. squatteur

18 mois

délai judiciaire locataire

2 mois

commandement de payer obligatoire

FAQ — Squatteur ou locataire défaillant

Mon ancien locataire a quitté les lieux mais quelqu’un d’autre les occupe. Squatteur ou locataire ?

Squatteur. Si la personne qui occupe actuellement le bien n’a jamais signé de bail avec vous, c’est un squat — quelle que soit la relation éventuelle entre cette personne et votre ancien locataire.

Un locataire qui ne paie plus depuis 6 mois peut-il être traité comme un squatteur ?

Non. Tant qu’un bail valide existe, le locataire conserve son statut d’occupant légal — quelle que soit la durée des impayés. Tenter de le qualifier de squatteur pour accéder à la procédure administrative serait illégal et contre-productif.

Que faire si l’occupant prétend avoir un bail mais que vous n’en avez pas signé ?

Exigez la communication du document. Si le bail est visiblement faux, déposez plainte pour faux et usage de faux en plus de la plainte pour violation de domicile. Consultez immédiatement un avocat spécialisé.

Peut-on engager les deux procédures simultanément ?

Non — les procédures sont exclusives l’une de l’autre selon la qualification juridique de l’occupant. Il faut choisir la bonne procédure dès le départ. En cas de doute, un professionnel spécialisé peut qualifier la situation en quelques heures.

Un squatteur qui reçoit du courrier à mon adresse devient-il locataire de fait ?

Non. La réception de courrier, le paiement d’abonnements ou l’inscription sur les listes électorales ne confèrent aucun droit d’occupation légal. Ces démarches sont des tentatives de légitimation qui n’ont aucune valeur juridique pour créer un titre d’occupation.

Mon locataire dit avoir cédé son bail sans m’en informer. Que faire ?

Vérifiez d’abord si vous avez autorisé une sous-location dans le contrat original. Si ce n’est pas le cas, l’occupant actuel n’a aucun titre légal — c’est un cas de sous-location non autorisée, relevant de la procédure judiciaire contre votre locataire initial.

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